Troisième volet d’une série de trois articles sur le renforcement de la recherche et de l’enseignement supérieur à Madagascar – par Sarobidy Rakotonarivo
De meilleures règles et une responsabilité accrue sont essentielles, mais elles ne suffisent pas. Même des universités et des organismes de recherche bien gouvernés ne peuvent assurer un enseignement de qualité, une recherche rigoureuse et un véritable service public sans un investissement durable dans les personnes, les infrastructures et les fonctions d’appui à la recherche.
Ce que le financement par projet peut construire — et ce qu’il ne peut pas
Depuis mon retour à Madagascar en 2020, j’ai eu la chance d’obtenir des financements internationaux qui m’ont permis de développer Mitsilo, de recruter et former de jeunes chercheurs, de collecter des données de qualité et de collaborer avec des collègues à Madagascar et à l’étranger. Ces financements ont soutenu des travaux sur l’agriculture intelligente face au climat, les migrations, la gouvernance des aires protégées, la restauration et les moyens de subsistance ruraux. Ils ont également créé des opportunités pour des étudiants et de jeunes chercheurs qui en auraient autrement eu très peu.
Mais chaque financement est temporaire. Il est assorti d’un budget déterminé, d’un calendrier précis et de priorités en partie définies par le bailleur. Une subvention peut financer une enquête, une équipe de terrain ou un atelier. Elle couvre rarement l’institution qui rend tout cela possible : une connexion fiable, la gestion financière, les systèmes de données, l’entretien, les bibliothèques, l’évaluation éthique, le personnel technique ou le mentorat à long terme.
Les financements externes peuvent soutenir des projets. À eux seuls, ils ne peuvent construire et entretenir un système national de recherche.
La recherche n’est pas un luxe
L’investissement public dans l’enseignement supérieur et la recherche est parfois traité comme une préoccupation secondaire, surtout dans un pays confronté à de nombreux besoins sociaux et économiques urgents. Pourtant, les universités et les organismes de recherche forment les enseignants, médecins, agronomes, ingénieurs, économistes, administrateurs et scientifiques dont dépendent tous les autres secteurs.
La recherche aide également les gouvernements à éviter des erreurs coûteuses. Dans mon propre domaine, des données ancrées dans les réalités locales peuvent améliorer les décisions relatives à l’adaptation climatique, à l’agriculture, aux migrations, à la conservation des forêts et à la gouvernance des aires protégées. Les politiques fondées sur des résultats produits ailleurs ne s’adaptent pas toujours aux réalités malgaches. Un pays qui n’investit pas dans la production de ses propres connaissances devient dépendant des hypothèses formulées par d’autres.
À quoi ressemble le sous-investissement
Les effets du sous-investissement sont visibles dans la vie universitaire quotidienne : laboratoires vieillissants, connectivité faible, bibliothèques insuffisantes, espaces de travail surchargés, assainissement défaillant et équipements peu fiables. Il ne s’agit pas de simples désagréments. Ces conditions affectent la dignité des étudiants, la productivité du personnel, la fiabilité des travaux scientifiques et la crédibilité des institutions auprès de leurs partenaires nationaux et internationaux.
J’ai souvent vu des chercheurs talentueux consacrer un temps considérable à résoudre des problèmes logistiques élémentaires qui ne devraient pas absorber leur énergie : trouver un espace de travail fonctionnel, accéder à un logiciel, réparer du matériel, gérer des financements avec un appui administratif insuffisant ou improviser des systèmes de stockage et de protection des données. La persévérance individuelle peut maintenir un projet en vie, mais elle ne remplace pas la capacité institutionnelle.
Les personnes constituent le cœur de l’infrastructure scientifique
Investir signifie aussi investir dans les personnes. Des rémunérations faibles et incertaines poussent de nombreux enseignants et chercheurs vers les consultations ou l’accumulation de plusieurs emplois. Cette réaction est souvent rationnelle face aux réalités financières et ne traduit pas un manque d’engagement. Mais elle réduit inévitablement le temps disponible pour l’enseignement, l’encadrement, la recherche et le service institutionnel.
La même question concerne les jeunes chercheurs, techniciens, personnels de laboratoire, gestionnaires de données, comptables et administrateurs de recherche. À Mitsilo, j’ai appris à quel point la qualité des recherches dépend de personnes dont la contribution apparaît rarement dans les publications. Un système national ne peut reposer sur quelques universitaires seniors tandis que tous les autres passent d’un contrat de courte durée à un autre.
Construire un système national modeste de financement de la recherche
Madagascar n’a pas besoin de commencer par un fonds de recherche très important. Un mécanisme national compétitif, modeste et transparent pourrait déjà produire des effets significatifs, notamment pour les jeunes chercheurs, les équipes interdisciplinaires et les travaux répondant à des priorités nationales. De petites subventions, attribuées après une évaluation externe crédible et suivies d’une reddition publique des résultats, aideraient les chercheurs à développer des idées avant qu’elles ne soient prêtes pour un financement international.
Les universités et les organismes publics de recherche devraient aussi pouvoir retenir et gérer de manière transparente des frais indirects raisonnables prélevés sur les financements externes. Ces ressources pourraient soutenir la gestion financière, l’évaluation éthique, les équipements partagés, la gestion des données et l’entretien — autant de fonctions institutionnelles que les bailleurs et partenaires de recherche du Nord global supposent souvent déjà en place.
Investir de manière sélective et protéger l’accès
Un investissement accru doit s’accompagner de priorités et de responsabilité. Tous les programmes, bâtiments ou institutions ne devraient pas recevoir les mêmes ressources indépendamment de leur qualité ou de leur valeur publique. Les financements devraient privilégier les formations accréditées, les infrastructures partagées, les plans d’entretien crédibles et les dispositifs de recherche dont les critères et les résultats sont rendus publics.
Le coût ne devrait pas non plus être principalement transféré aux étudiants. Les universités publiques restent essentielles pour ceux qui ne peuvent se permettre des alternatives privées. La formation continue, les contrats de recherche, la philanthropie, les contributions des anciens étudiants et des partenariats soigneusement gouvernés peuvent diversifier les ressources, mais ils doivent compléter, et non remplacer, la responsabilité de l’État.
Un programme d’investissement resserré
– Fournir un financement de base prévisible pour l’enseignement essentiel, l’entretien, l’assainissement, la connectivité et les bibliothèques.
– Créer un fonds national compétitif et transparent pour la recherche, en commençant par de petites subventions.
– Améliorer les rémunérations et établir des postes crédibles pour les jeunes chercheurs, les personnels techniques et les fonctions d’appui à la recherche.
– Permettre aux institutions de retenir et de comptabiliser de manière transparente des frais indirects raisonnables sur les financements externes.
– Privilégier les laboratoires partagés, les systèmes de données et les services communs de soutien à la recherche plutôt que de dupliquer des infrastructures coûteuses.
Le talent ne remplace pas un système
Le premier article de cette série soutenait que le mérite scientifique devrait pouvoir être évalué indépendamment du seul statut administratif. Le deuxième montrait que de nombreuses réformes de gouvernance peuvent commencer sans dépenses majeures. Mais de meilleures règles et l’excellence individuelle ne peuvent aller que jusqu’à un certain point.
Madagascar dispose déjà d’étudiants talentueux, d’enseignants engagés et de chercheurs capables de produire des travaux reconnus internationalement. Ce qui manque n’est pas le potentiel, mais un système durable capable de financer, soutenir et retenir ce potentiel.