Premier volet d’une série de trois articles sur le renforcement de la recherche et de l’enseignement supérieur à Madagascar – par Sarobidy Rakotonarivo
Madagascar a raison de renforcer les normes scientifiques et éthiques associées à l’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR). Mais lorsque l’accès à cette évaluation dépend d’abord d’un statut administratif, le système risque d’exclure des chercheurs qui possèdent déjà l’expérience nécessaire pour diriger des recherches, constituer des équipes et former la prochaine génération. Cette situation affaiblit la qualité et les capacités de la recherche et de la formation doctorale malgaches.
Une ambition personnelle qui a soulevé une question plus large
Au début de cette année, j’ai commencé à explorer la possibilité de préparer une Habilitation à Diriger des Recherches, ou HDR, auprès de l’École doctorale Gestion des Ressources Naturelles et Développement de l’Université d’Antananarivo. Mon objectif n’était pas simplement d’ajouter un diplôme à mon curriculum vitae. Je souhaitais devenir officiellement éligible pour assumer pleinement la responsabilité de programmes de recherche et, lorsque cela serait approprié, diriger à titre principal des doctorants inscrits dans cette même école doctorale.
Depuis mon retour à Madagascar en 2020, après des études supérieures et des postes de recherche à l’étranger, je suis restée étroitement affiliée à l’ESSA-Forêts, mon établissement d’origine à l’Université d’Antananarivo. J’ai fondé Mitsilo, un laboratoire de recherche travaillant à l’interface entre conservation, développement et politiques publiques. À travers Mitsilo et nos partenariats universitaires, je dirige des équipes multidisciplinaires, coordonne des projets financés au niveau international, accompagne de jeunes chercheurs et contribue à l’encadrement et à l’évaluation de travaux de Master et de doctorat.
Je pensais donc que la question centrale serait de savoir si mon parcours scientifique, mon expérience de direction de recherche et mes activités d’encadrement répondaient aux standards attendus pour une HDR. J’ai au contraire appris que mon dossier ne pouvait être examiné que si j’appartenais d’abord au corps public des Maîtres de conférences ou des Maîtres de recherches et si j’avais passé au moins trois années dans ce grade.
Ma première réaction a naturellement été une déception personnelle. Mais l’enjeu dépasse largement ma propre carrière. Lorsque des chercheurs compétents sont exclus de la direction formelle de recherches, Madagascar perd des capacités d’encadrement, de la mémoire institutionnelle et des possibilités de former la prochaine génération de scientifiques.
Il ne s’agit pas de demander une reconnaissance automatique
Je tiens à préciser ce que je ne défends pas. Une HDR ne devrait pas être accordée automatiquement au motif qu’une personne a étudié à l’étranger, beaucoup publié, obtenu des financements internationaux ou acquis une forte réputation professionnelle. Diriger des recherches constitue une responsabilité académique majeure. Cela exige de la maturité scientifique, de l’intégrité, de l’indépendance intellectuelle et la capacité d’accompagner de jeunes chercheurs dans la durée.
La distinction essentielle se situe entre le droit automatique et l’éligibilité. Aucun chercheur ne devrait avoir droit à une HDR sans une évaluation rigoureuse. En revanche, ceux qui peuvent démontrer une expérience scientifique substantielle devraient, en principe, disposer d’une voie permettant d’évaluer cette expérience.
La question ne concerne pas seulement les personnes dans ma situation. Elle peut aussi affecter les chercheurs sur projets au sein des universités publiques, les membres de laboratoires universitaires sans poste permanent, les chercheurs malgaches de retour au pays, les co-encadrants expérimentés et les membres de la diaspora souhaitant contribuer plus formellement à la direction de recherche et à la formation doctorale.
Les points forts du nouveau cadre de l’HDR
Le nouveau cadre de l’HDR répond à de véritables préoccupations du système malgache de recherche. Ses objectifs affichés comprennent le renforcement de la qualité scientifique, de l’éthique, de la transparence et de la gouvernance de la formation doctorale. Ces ambitions sont nécessaires et bienvenues.
Les exigences scientifiques sont substantielles. Le texte prévoit un nombre minimal de publications, notamment des contributions comme auteur principal et des articles dans des revues indexées reconnues à l’échelle internationale. Il exige également une synthèse démontrant la cohérence des travaux du candidat, sa capacité à définir un programme original de recherche, son expérience d’encadrement de jeunes chercheurs et son aptitude à animer une équipe scientifique.
Il exclut aussi les publications prédatrices, les travaux dépourvus d’une évaluation crédible par les pairs, les publications redondantes et les travaux hors du champ du candidat. Des commissions spécialisées, des rapporteurs internes et externes et un jury formel doivent permettre d’éviter que la qualité soit évaluée par un simple comptage des publications.
Madagascar doit effectivement maintenir des standards élevés. La question n’est pas de savoir si l’HDR doit être exigeante : elle doit l’être. La question est de savoir si le rang administratif doit déterminer qui est autorisé à démontrer ce niveau d’exigence.
La capacité scientifique n’est pas équivalente au statut administratif
La règle actuelle réunit trois dimensions liées, mais distinctes : la capacité scientifique, la responsabilité institutionnelle et le statut administratif. La capacité scientifique renvoie à l’aptitude d’un chercheur à développer un programme original, publier des travaux rigoureux, diriger des équipes, obtenir des financements, accompagner de jeunes scientifiques et respecter l’intégrité de la recherche. La responsabilité institutionnelle concerne l’affiliation à une institution reconnue, le respect de ses règles et l’obligation de garantir la qualité et la continuité de l’encadrement. Le statut administratif désigne l’appartenance à un corps public déterminé et l’ancienneté dans un grade donné.
Ces trois dimensions peuvent toutes avoir leur importance. Le grade académique reflète souvent l’expérience et une affiliation institutionnelle stable offre des protections importantes aux doctorants. Mais dans un système où les recrutements permanents sont limités ou irréguliers, l’absence d’un grade donné peut traduire la rareté des postes financés par l’État plutôt qu’un manque de compétence scientifique
Le coût d’un statut érigé en condition absolue
Faire du statut administratif une condition préalable absolue peut réduire les capacités d’encadrement, notamment dans les domaines émergents ou interdisciplinaires où le nombre d’enseignants-chercheurs habilités est déjà faible. Cela peut aussi surcharger le nombre limité de directeurs formellement éligibles à mesure que les inscriptions doctorales augmentent.
Cette règle peut également créer un décalage entre l’encadrement officiel et l’encadrement réel. Un universitaire apparaît comme directeur sur les documents administratifs, tandis qu’un autre chercheur fournit l’essentiel de l’orientation intellectuelle, de l’appui méthodologique et du suivi de terrain. Ces arrangements peuvent être compréhensibles, mais ils sont moins transparents et peuvent rendre les responsabilités difficiles à identifier.
Enfin, la règle peut décourager les chercheurs productifs situés hors des corps permanents et limiter la capacité de Madagascar à bénéficier des compétences de chercheurs de retour au pays ou issus de la diaspora. Des personnes qui publient, attirent des financements, construisent des équipes et forment des étudiants peuvent ne voir aucune voie de reconnaissance formelle des responsabilités qu’elles exercent déjà.
Quand les retards de recrutement deviennent une exclusion académique
La règle de l’HDR ne peut être comprise indépendamment du système plus large de recrutement. Un chercheur peut devoir obtenir son doctorat, attendre une campagne publique correspondant à son profil, décrocher un poste permanent, intégrer le corps approprié, y passer trois années et seulement ensuite devenir éligible à l’HDR.
Certaines étapes dépendent des performances individuelles. D’autres sont liées au calendrier des recrutements publics, au nombre de postes disponibles et à des procédures administratives que le chercheur ne maîtrise pas. Lorsque l’entrée initiale dans la fonction publique est elle-même soumise à une limite d’âge, le retard institutionnel peut se transformer en exclusion académique définitive.
Cette question me concerne directement à mesure que j’approche du seuil d’âge pertinent. Mais l’enjeu de politique publique est plus large : un chercheur devrait-il perdre l’accès à une trajectoire académique formelle simplement parce qu’une opportunité de recrutement adaptée ne s’est pas présentée au bon moment de sa carrière ?
Une voie alternative tout aussi rigoureuse
La solution n’est pas de supprimer les garanties ou de rendre l’HDR plus facile. Elle consiste à créer une autre voie menant à la même évaluation exigeante.
Les chercheurs hors des corps publics prévus pourraient être autorisés à déposer un dossier s’ils satisfont aux mêmes normes de publication et d’intégrité, démontrent une expérience substantielle de direction et d’encadrement de recherches et disposent d’une affiliation reconnue auprès d’une université ou d’un organisme public de recherche malgache. Leur candidature devrait être soumise à la même expertise externe, aux mêmes mesures de prévention des conflits d’intérêts et à la même soutenance publique que les autres dossiers.
Les universités pourraient également créer des statuts d’affiliation clairement réglementés, tels que chercheur associé, enseignant-chercheur associé ou directeur de recherche affilié. Ces affiliations devraient apporter une reconnaissance institutionnelle formelle plutôt que constituer des titres symboliques. Elles devraient reposer sur des critères explicites, des responsabilités de recherche ou d’encadrement clairement définies, une durée déterminée et une évaluation périodique.
Les chercheurs qui encadrent déjà des étudiants, dirigent des projets et contribuent à la vie universitaire devraient pouvoir faire reconnaître officiellement ces responsabilités, même lorsqu’un poste permanent dans la fonction publique n’est pas immédiatement disponible. Les écoles doctorales devraient également enregistrer la contribution réelle des co-encadrants scientifiques, méthodologiques et de terrain.
Une commission nationale ou interuniversitaire pourrait examiner les candidatures exceptionnelles de chercheurs répondant aux critères scientifiques mais situés hors de la voie administrative ordinaire. Cette procédure ne créerait pas une HDR plus facile. Elle offrirait une autre manière d’atteindre le même niveau d’exigence.
Protéger les standards tout en élargissant le vivier d’excellence
Madagascar doit être ambitieux quant à la qualité de ses responsables scientifiques. Cette ambition exige des standards élevés, des évaluations transparentes et une responsabilité institutionnelle claire. Elle suppose également de mobiliser pleinement les capacités scientifiques dont dispose le pays.
Permettre à des chercheurs qualifiés situés hors des corps publics permanents de se soumettre à la même évaluation rigoureuse de l’HDR n’affaiblirait pas le système. Une procédure bien conçue pourrait renforcer les équipes, améliorer l’encadrement doctoral, reconnaître les véritables responsabilités scientifiques et aider Madagascar à former la prochaine génération de chercheurs dont le pays a un besoin urgent.
La question de l’HDR constitue une manifestation d’un défi plus large : la manière dont les universités malgaches recrutent, reconnaissent et responsabilisent les talents académiques. Le deuxième article de cette série examine des réformes qui pourraient commencer dès maintenant, dont beaucoup avec peu ou pas de dépenses supplémentaires.